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Les enjeux budgétaires font rarement bon ménage avec une campagne électorale. Complexes, abstraits et parfois même contre-intuitifs, ils se prêtent mal aux slogans et aux promesses séduisantes que les partis égrènent dans l’espoir de convaincre suffisamment d’électeurs répartis de manière stratégique sur le territoire.

Pourtant, le Québec s’est doté il y a près de trente ans d’une loi sur l’équilibre budgétaire. Dans sa version actuelle, celle-ci prévoit l’élimination complète du déficit d’ici 2030. Or, avec une inflation autrement plus élevée que celle qui prévalait alors, le rythme de croissance des dépenses de programme compatible avec cet objectif risque de laisser sans voix ceux qui ont dénoncé l’austérité des années 2014 à 2016. Ne serait-ce que pour cette raison, les partis auront du mal à éviter complètement la question du déficit lorsque les Québécois seront appelés aux urnes à la fin de l’été.

On parle cependant souvent du déficit comme s’il résumait à lui seul tous les problèmes associés à un endettement excessif. Or, le gouvernement s’endette également pour faire des placements dont certains constituent des paris risqués pouvant se solder par des pertes, Northvolt n’étant que l’exemple le plus récent et le plus frappant. Il s’endette également pour financer des infrastructures, comme des écoles et des hôpitaux, mais aussi des routes et des ponts, dont il ne fait apparaître l’impact sur les dépenses et le déficit que progressivement. Progressivement, certes, mais avec des conséquences bien réelles.

Par exemple, lors du dépôt de son dernier budget en mars dernier, le ministre des Finances du Québec faisait état de près de 6 milliards de dollars de dépenses d’amortissement liées aux investissements passés en infrastructure venant peser sur le déficit à éliminer d’ici l’exercice 2029-2030. Ce montant représentait à lui seul plus des trois quarts du déficit comptable estimé alors pour l’exercice 2025-2026. En outre, il prévoyait que cette charge budgétaire augmenterait de plus d’un milliard de dollars supplémentaires d’ici le retour prévu à l’équilibre budgétaire, une hausse qui dépasserait même, en pourcentage, celle prévue pour les intérêts à verser sur la dette. Ce ne sont pas seulement les intérêts qui contraignent les dépenses du gouvernement dans ses missions essentielles; ce sont aussi, de plus en plus, ses investissements passés en infrastructure.

On en conviendra tous, ces investissements sont essentiels, autant pour assurer notre qualité de vie que la prospérité présente et future de notre économie.  Néanmoins, puisqu’ils grèvent une part importante et croissante des budgets pouvant être consacrés à d’autres missions, ils doivent être choisis de manière judicieuse et avec la plus grande rigueur.  Ce n’est malheureusement pas toujours le cas.  Il est toujours tentant de « faire de la politique » plutôt que de mettre en œuvre de bonnes politiques en matière d’infrastructures.  On entend parfois encore parler de « bonne dette » et de « mauvaise dette », donnant par exemple aux dépenses d’infrastructure un rôle plus structurant que celles consacrées au savoir et à l’éducation.  Il n’y a pourtant rien de plus faux. Fondamentalement, on peut bien ou mal dépenser en infrastructure comme on peut bien ou mal dépenser en éducation. 

Nous avons besoin d’autant plus de discipline en matière d’investissements en infrastructure que nous avons eu tendance à stimuler ce secteur à chaque fois que pointait un ralentissement économique. Nous nous heurtons désormais à des contraintes de capacité et à des coûts de plus en plus élevés, rendant difficile et onéreuse la simple réalisation des travaux de maintien, alors même que nous devons continuer de préparer l’avenir. 

Il est grand temps de mettre de l’ordre dans tout cela et de mieux prioriser nos choix. Cela implique aussi de revisiter certains tabous, notamment celui des modes de financement. Le recours au péage, que nous avons largement écarté au Québec, pourrait faire partie de la réflexion. Il pourrait permettre, comme on le voit fréquemment en Europe, de contribuer au financement non seulement du développement mais aussi du maintien des actifs routiers.  

À défaut d’aborder la gestion des investissements en infrastructure avec la même rigueur collective que celle qui nous a conduit à mieux contrôler notre endettement financier, nous serons contraints à la répétition de ces exercices d’austérité tant décriés qui finissent par reposer sur les épaules d’un nombre restreint de missions pourtant essentielles.  Ce sera la santé et l’éducation, mais ce sera encore davantage tout le reste, ce quart des dépenses gouvernementales souvent oublié parce que ces deux grandes missions, plus sensibles aux pressions politiques immédiates, mobilisent naturellement davantage l’attention. 

Il y a beaucoup de missions essentielles dans ce quart restant, des missions dont la croissance anémique des budgets peut compromettre à long terme la confiance des citoyens en la qualité de leur démocratie.  Ce n’est certainement pas la seule, mais permettez-moi de nommer la justice, cette grande oubliée de toutes les campagnes électorales.  

On parlera donc peut-être de déficit en campagne électorale.  Essayons pour au moins une fois de visiter sa face cachée.  Nous y redécouvrirons peut-être des choses essentielles.  


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Une réponse à « La face cachée du déficit  »

  1. Avatar de Line Pelletier
    Line Pelletier

    Très intéressant, belle mise en perspective des enjeux,

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