Au cours des derniers jours, le Fonds monétaire international a publié une mise à jour de ses Perspectives de l’économie mondiale. Comme beaucoup d’autres, j’y ai relevé le passage suivant :

Les tensions commerciales pourraient s’intensifier, prolongeant l’incertitude et pesant plus lourdement sur l’activité. Des tensions politiques nationales ou des tensions géopolitiques pourraient apparaître, ce qui générerait de nouvelles strates d’incertitude et perturberait l’économie mondiale par leurs effets sur les marchés financiers, les chaînes d’approvisionnement et les cours des produits de base.

Je comprends bien que ce ne soit pas le rôle des économistes du FMI de prendre parti ni d’introduire une dimension morale dans une lecture avant tout économique et financière du monde. Le Fonds a, par ailleurs, des actionnaires — et parmi eux, au premier chef, les États-Unis.

Mais l’histoire, avec un grand H, celle qui se déroule sous nos yeux, n’est pas de nature économique. Elle est de nature politique. Et si l’on accepte de nommer les choses telles qu’elles sont, ce sont aujourd’hui les États-Unis, avec Donald Trump à leur tête, qui se sont lancés à l’assaut de la démocratie libérale, chez eux comme ailleurs.

C’est d’ailleurs pourquoi j’ai tiqué, tout au long des douze derniers mois, chaque fois que le conflit opposant les États-Unis à leurs alliés démocratiques a été présenté comme une simple guerre commerciale. Les médias canadiens ne parlaient que de « guerre tarifaire » et de possibilités d’entente. Les Européens, pour leur part, évitaient d’entrer dans cette logique, craignant une spirale économique vers le bas, mais surtout soucieux de maintenir un engagement minimal des États-Unis envers la défense de l’Ukraine et la sécurité du continent.

Nous avons donc tous, à des degrés divers, avalé des couleuvres. Nous avons piétiné notre orgueil. Nous avons tenté d’oublier l’humiliation infligée à Volodymyr Zelensky par Donald Trump et J.D. Vance, tout comme l’accolade offerte à Vladimir Poutine en Alaska. Nous avons fait tout cela par crainte des représailles, parce que nous doutions de nos forces, parce que nous espérions que cela passerait.

Mais cela ne passe pas. Cela empire.

Le président américain menace désormais un allié de l’OTAN, le Danemark, de lui ravir un territoire sur lequel il exerce sa souveraineté et annonce des représailles économiques contre tout pays qui ferait obstacle à sa volonté.

Je ne sais pas si nous avons atteint le point de non-retour — celui à partir duquel nous accepterons enfin de voir le monde tel qu’il est, et non tel que nous voudrions qu’il soit, et où nous choisirons de défendre nos valeurs et nos souverainetés. Malgré leurs divisions, les Européens semblent toutefois se ressaisir et refuser désormais de s’en laisser imposer.

Pour ma part, j’ai été particulièrement encouragé par les propos tenus par le premier ministre du Canada, Mark Carney, à Davos, le 20 janvier 2026. Permettez-moi d’en citer quelques phrases, en anglais puis en français :

The power of the less powerful begins with honesty…

Let me be direct: we are in the midst of a rupture, not a transition…

You cannot “live within the lie” of mutual benefit through integration when integration becomes the source of your subordination…    

The powerful have their power. But we have something too – the capacity to stop pretending, to name reality, to build our strength at home, and to act together.

La puissance des moins puissants commence par l’honnêteté …

Permettez-moi d’être direct : nous sommes en pleine rupture, et non en pleine transition …

Il est impossible de « vivre dans le mensonge » d’un avantage mutuel grâce à l’intégration lorsque celle-ci devient la source de votre subordination …

Les puissants ont leur pouvoir. Mais nous avons aussi quelque chose : la capacité de cesser de faire semblant, d’appeler la réalité par son nom, de renforcer notre position chez nous et d’agir ensemble.

Ces mots ne sont pas anodins. Ils sont justes. Et ils sont forts.

Pour le Canada, comme pour l’ensemble des démocraties qui sont nos véritables alliées, l’avenir commence par la lucidité.

Nous n’aurons plus d’excuses.


En savoir plus sur Martin Coiteux

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

Posted in ,

Laisser un commentaire

En savoir plus sur Martin Coiteux

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture